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À propos du confinement

31/03/2020

Le confinement 

 

Les enfants et les adolescents placés, apports théoriques et pratiques...

 

Voici quelques approches afin d'amener un regard sur ce qui se déroule et notamment auprès d'enfants et jeunes placés. Sujets déjà en quelque sorte soumis à une ordonnance de justice et voici qu'une deuxième ordonnance les concerne à ce jour, celle-ci d'ordre sanitaire,  qui touche certes le collectif mais vient encore les assujettir au jugement de l'autre, même si bien évidemment c'est pour une bonne cause.

 

Il semble important de considérer que des résonnances peuvent être ressenties pour ces jeunes déjà tellement reliés au fait que l'on soit amenés à décider pour eux et en lieu et place de leurs parents. Ils peuvent en effet, à terme, et si un profond mal être psychique s'installe, vivre ce système, qui aujourd'hui les prive d'une part de leur liberté d'agir, comme persécuteur.

 

D'où l'importance de demeurer reliés aux raisons finalement valables pour les deux ordonnances qui "les régissent": la protection.

 

Tous nos gestes quotidiens visent pour la plupart d'entre nous à demeurer vivant, dormir la nuit, vivre le jour, respirer, se nourrir, regarder en traversant la rue, apprendre aux enfants à se séparer, à avoir une autonomie psychique leur permettant de prendre soin d'eux-mêmes, avoir une forme de jouissance modérée, s'inscrire dans une organisation sociétale pensée pour la préservation de la vie etc

 

Heureusement nous ne conscientisons pas en permanence cet état de fait afin que nous ne soyons pas terrassés par l'angoisse de mort, mais à chaque instant nous accomplissons des milliers de gestes motivés par la pulsion de vie. Ce qui se déroule à ce jour répond à cela.

 

Le placement vise certes à protéger l'enfant au sens concret du terme mais aussi à préserver la dimension parentale afin qu'elle ne s'anéantisse pas davantage et à préserver l'intégrité psychique de l'enfant afin que la part parentale soit encore viable dans son esprit et qu'elle puisse à terme redevenir un espace de projection.

 

Il est essentiel à ce jour que les raisons originelles ayant conduit aux mesures prises soient sans cesse énoncées, relayées auprès des jeunes que l'on perçoit fragilisés par la situation. Car en effet, il serait terrible de se sentir enfermé, soi, à titre individuel, confiné, privé, emprisonné, barricadé c'est à dire de ne plus avoir à sa portée que le vécu immédiat de la chose, une lecture irrémédiablement concrète sur ce "qu'on m'infligerait". On ne serait alors qu'au niveau d'un éprouvé, et privé des processus de pensée, avec la crainte d'un effondrement psychique face à la tension ressentie.

 

Le mot confinement est ambigu car il peut être associé à la question de la punition d'où l'importance de "le délayer". Certains enfants déjà dans une relation trouble à la question de la culpabilité face à l'état de fait de leur placement ou seulement face à cette réalité brute de ne pas être auprès de leurs parents, peuvent penser "qu'ils n'auraient  pas bien fait dans cette situation". Or il  s'agit bien d'affirmer que les décisions des adultes ne visent pas à restreindre encore leurs droits -comme on peut le faire face à des agissements inappropriés de certains-mais que bien au contraire, il s'agit là de mesures leur permettant de  déployer leur vie dans le futur.

 

 

La mesure prise aujourd'hui vise certes le fait de ne pas être malade dans un premier temps tout comme je traverserai au passage clouté, mais on devra citer auprès de l'enfant ou de l'adolescent également le fait de ne pas encombrer les hôpitaux pour laisser de la place aux malades les plus critiques, le fait de ne pas contaminer autrui etc Finalement, il s'agirait de prendre conscience du rôle essentiel que j'ai à titre personnel dans cette machinerie complexe  de la préservation de l'espèce.

 

Il est important qu'en tant qu'accompagnant, on puisse aussi énoncer et travailler ses propres angoisses, les conscientiser pour les énoncer éventuellement auprès des professionnels en soutien afin de rester au niveau de la pensée, du récit auprès des jeunes accueillis. Or on sait combien cette situation va résonner différemment chez chacun d'entre nous de par notre vécu, notre rapport à la maladie, à la mort, à l'isolement, dans ce face à face avec soi-même et concomitamment avec l'autre. Pour ceux qui là, vont être au contact permanent avec les jeunes, comment s'aménager un espace pour soi aussi, une soupape psychique essentielle,  nous aurons à  créer les réponses ensemble au fur et à mesure et surtout à s'autoriser à partager cette expérience. Il ne s'agit pas d'être exemplaire mais de solliciter le soutien auquel nous n'avons peut-être pas encore pensé.

 

 

Deux aspects restent primordiaux auprès des jeunes, le fait en effet que les processus de pensée demeurent opérants,j'associe le sens à ce que je vis ce qui me permet de rationnaliser, de civiliser  mon ressenti parfois archaïque qui peut devenir un assaillant. Egalement, je participe à l'effort collectif, je fais partie d'un tout, d'un ensemble, je vis le sentiment d'appartenance, je passe du "je" au "nous" fédérateur et ainsi je prend de la distance avec ce que je vis. 

 

La symbolisation: il s'agirait de mettre en scène par différents moyens ce qui m'arrive afin d'être reconnu dans le fait que je vis quelque chose de difficile mais aussi de le mettre à distance de moi-même afin que l'emprise se desserre.

 

Je pense à une maman qui évoquait comment sa fillette de 7 ans  a aménagé une cabane dans l'appartement, coquille devenue un véritable lieu de vie -à l'étroit-, demandant au fil des jours d'y prendre les repas et d'y dormir. Cela lui permettant de symboliser ainsi ce qu'elle vit dans cette réalité d'un appartement agenais où maintenant les sorties "promenades" viennent d'être encore limitées. La maman -sans avoir à évoquer en direct le confinement actuel- a su habilement questionner sa fille sur ce qu'il peut se passer dans ce micro-lieu, sur son ressenti... . L'enfant a pu nommer ainsi que dans sa cabane elle se sentait limitée dans ses mouvements auxquels elle semblait s'exercer  de plus en plus comme une forme d'entrainement mais aussi protégée. Et c'est bien de cela dont il s'agit, elle le vit ainsi psychiquement et corporellement.

 

Il s'agirait de se montrer créatif en faisant exister la singularité de ce que l'on vit, il y aurait un contenant: le confinement pour les raisons que l'on connait et un contenu: que l'on va inventer ensemble. Cela restera à terme un épisode vécu en commun, un souvenir commun, qui à un moment nous aura rassemblés qui que nous soyons. En effet, même si pour le moment nous ne savons la durée, il semble important de se décaler de nos angoisses en amenant la suite, cet épisode sera bordé d'un début et d'une fin. Entre, nous allons créer des espaces et signifiants pour scander le temps et amener du contenu.

 

Une autre maman me citait l'exemple de son fils qui s'étant fabriqué une longue vue de pirate regardait sans cesse au loin depuis mercredi en commençant ses phrases par "Quand tout ça sera fini..."

 

Le "faire" demeure un support de symbolisation essentiel, on parfait ainsi dans le dedans l'enveloppe protectrice qui est mise à mal à ce jour. On fait son pain, on fait avec ce que nous avons..., contraints d'être inventifs, on s'auto-nomise en autarcie mais l'enjeu peut être fascinant en terme d'imaginaire et de créativité.

 

Le jeu peut s'immiscer partout et représente un support de symbolisation vital. En effet, n'ayons pas peur de transformer aussi cette épreuve, cette "expérience" en terrain d'expérimentation, les enfants ne brident pas leur imaginaire à ce niveau-là et chacun peut être force de proposition, il s'agit là de sortir de la sidération en s'autorisant, voir en devant absolument, tout mettre en oeuvre pour continuer à étirer la pensée et l'agir et demeurer un sujet "vivant" au sens premier du terme.

 

On peut tenir un cahier de bord, quotidiennement, une enfant le commençant avec le support de sa maman écrit une histoire avec dessins à l'appui: la soigneuse va pour nourrir la chèvre dans son enclos mais voilà qu'elle a disparu ce jour..., d'abord impensable, la situation s'organise, un collectif se créé pour partir à la recherche de l'animal et élaborer un plan... En d'autres temps, on peut penser que le récit suivant la disparition de l'animal aurait été autre...

 

Il semble important également d'aborder le fait d'être séparé des siens, et les émotions associées, les inquiétudes même si grâce aux moyens d'aujourd'hui, on garde aisément le contact mais cette énième séparation résonne là encore pour ces jeunes placés qui en vivent et en vivront. Il est essentiel qu'ils soient rassurés sur comment leurs parents vivent la situation, qu'ont-ils mis en place, cette visibilité revêt un rôle précieux car en temps normal cela reste toujours difficile pour ces enfants de mentaliser les conditions de vie parentales et d'autant plus à cet instant. Les dessins, les lettres, prendre des nouvelles, les photos... devenir pour l'autre une sorte "d'accompagnant" momentané représentent des actes symboliques pour demeurer un sujet actif dans la situation et se décaler du ressenti d'objet soudain contraint.

 

Enfin, nous devons veiller à ce qu'être dans ce  "dedans" si singulier que nous sommes amenés à vivre ne signifie pas que le dehors devient absolument toxique... . Pour ces jeunes pouvant craindre parfois un écrasement psychique face à une intériorité fissurée et donc menaçante, il ne s'agit pas de recréer un intérieur criblé de peurs irraisonnées, se barricadant face à un dehors lui aussi pourvoyeur d'une menace absolue, irrémédiable.

 

En effet, nous sommes dans une élaboration et non pas dans un geste réactionnel brut. Le dehors n'est pas devenu le chaos, il s'organise pour s'améliorer. Le danger n'est pas à notre porte mais on préserve en amont nos acquis et notre environnement.

 

Aussi, chacun de nous, adultes, ado, enfants soucieux de cette préservation allons déployer une ingéniosité à partager et qui restera. Un creuset où l'imaginaire et la pensée permettront de poursuivre dans ce que le collectif et la MECS ont aménagé, à savoir une cabane -certes un peu étroite- mais protectrice et une longue vue pour nous guider.

 

 

MECS NOTRE MAISON

Françoise Testa-Sanchez

Psychologue

23 Mars 2020

 

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